Viva for Life, entre cirque médiatique et charité mal placée

17/01/22
Viva for Life, entre cirque médiatique et charité mal placée

Comme chaque année, depuis bien trop longtemps, nous avons droit au cirque médiatique qu’est Viva for Life, programmé à point nommé en fin d’année, période où la générosité connaît un léger essor, n’oublions pas les déductions fiscales, et où le jeu est plus que jamais nécessaire, divertissement de la population oblige.

Quand la misère devient télé-réalité

Au-delà de l’indécence qu’il y a à faire de la misère une télé-réalité au format compatible avec les codes médiatiques actuels : court, percutant, simplifié au possible, pour ne pas dire simpliste, donnant dans la surenchère ; ce type de divertissement est le symbole de la déliquescence du socle de notre société : sa sécurité sociale. Non, nous ne pouvons pas endiguer la misère à coups de dons à une chaîne radio et non, le secteur associatif n’a pas besoin de financements au lance-pierre. Et oui, c’est une grosse claque dans notre figure à tous, mais donnée en douceur, histoire qu’on ne s’en rende pas (trop) compte.

Et que la prévention fait cruellement défaut

La pauvreté infantile, contre quoi Viva for Life prétend lutter, donc la pauvreté tout court, résultent de mécanismes sociétaux complexes et qui ne peuvent être combattus à coups de financements conjoncturels de « projets associatifs innovants » voués à disparaître une fois le financement épuisé. La pauvreté d’un enfant est celle de toute une famille, mais aussi celle de plusieurs générations, et tout ceci est à étudier dans un contexte global, qui est lui-même sociétal. Si l’on veut réellement mettre un terme à la pauvreté infantile, ce n’est pas en demandant à des animateurs radio de réaliser des défis dans une bulle pour récolter quelques euros, mais en prenant le problème à la racine. Ou plutôt les problèmes aux racines, et en agissant de manière préventive, c’est-à-dire en investissant dans l’éducation, la santé, la formation, l’insertion des plus fragiles d’entre nous dès le départ. Dit comme ça, la logique crève les yeux. Pourtant …

Nous avons besoin d’une sécurité sociale forte

En clair, nous avons besoin d’une sécurité sociale forte, pas d’un filet tellement détricoté qu’il laisse passer des groupes sociaux entiers au travers de ses mailles. Et cette sécurité sociale, chaque citoyen la finance déjà au travers de ses impôts. Dès lors, comment ose-t-on prétendre que ces appels aux dons sont nécessaires ? Car malheureusement, plus ils existent, plus ils deviennent nécessaires … Parce que notre sécurité sociale est tellement vidée de sa substance qu’elle ne joue plus son rôle, que nos impôts ne servent plus à financer cette solidarité globale qui est le socle de notre modèle sociétal et que, petit à petit, l’idée qu’il est normal de vivre dans un monde à la « Hunger Games » fait son chemin.

Vivre dans un monde à la « Hunger Games » n’est pas normal

Sauf que ce n’est pas normal. Tout comme il n’est pas normal que la recherche scientifique soit financée par le Télévie ou que l’aide alimentaire soit nécessaire pour que près de 10% de la population belge mange, au moins un jour sur deux, un repas complet (source : SPP Intégration sociale). L’aide sociale ne doit pas être individualisée, elle doit rester ce mode de solidarité globale qui faisait notre force. Et le secteur associatif ne doit pas courir après des financements au lance-pierre, il a besoin de financements structurels pérennes. Nous n’avons pas à être mis en concurrence les uns avec les autres, ni en tant que citoyens, ni en tant qu’associations, ce n’est pas comme ça que notre société, dans son ensemble, va progresser.

MF - travailleuse sociale

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