Et sinon … vous mangez ou vous faites le plein ?

29/03/22
Et sinon ... vous mangez ou vous faites le plein ?

Pas loin de 100€ … C’est le prix du dernier plein de ma voiture. Ouille. Et dire qu’on en a deux. Ouf, une des deux est hybride. Mais b*rdel, quand j’ai fait le calcul et que je me suis rendu compte que vu le prix du carburant, le montant de mon salaire et le nombre de pleins que je devais faire par mois, il serait plus intéressant que je me casse une jambe, je ne peux pas dire que l’idée ne m’a pas effleurée.

Et quand j’ai entendu ce reportage à la radio sur des personnes qui, désespérées de ne plus pouvoir mettre de l’essence dans leur voiture pour aller travailler, avaient pris des congés maladie, ou encore cette vidéo sur ce jeune homme allant travailler à cheval, je me suis sentie moins seule. Et pour une fois, ça ne m’a pas fait du bien.

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Quid des transports en commun

Alors oui, je roule en voiture et c’est maaaaallll. Comme beaucoup de gens, il se trouve que prendre les transports en commun n’est pas une option envisageable pour moi. Parce qu’entre mon domicile et mon lieu de travail il n’y en a tout simplement pas vraiment, que j’ai une organisation familiale tracée au cordeau et qu’en plus, je me déplace pour mon travail. Et vu que j’ai eu la bonne idée de déménager loin de mon boulot, je ne vous raconte même pas le niveau de stress : inversement proportionnel à celui de la jauge d’essence de la voiture.

Quand on n’a pas le profil ?

Quand on y pense, il se trouve que mon cas est loin d’être isolé. Nous ne sommes pas tous des urbains habitant à proximité de leur lieu de travail et des écoles / crèches de leurs enfants et des lignes de transports en commun et ayant des horaires compatibles et n’ayant pas besoin de se déplacer dans le cadre professionnel (petite pensée émue pour les travailleurs à domicile qui doivent pleurer toutes les larmes de leur corps depuis des mois). Parce qu’il faut réunir toutes ces conditions pour, aujourd’hui, pouvoir se passer d’un véhicule personnel.

Quelle réelle alternative ?

On l’a bien compris, nous sommes beaucoup trop dépendants des énergies fossiles. En même temps, vous et moi n’avons probablement pas les moyens de construire une maison passive et sans doute ne sommes-nous pas non plus dans les conditions pour pouvoir nous passer d’un véhicule personnel. Pourtant, c’est nous qui payons le prix fort de cette flambée des prix et de la non-existence d’une réelle alternative, donc financièrement abordable et matériellement réaliste.

Classe moyenne … bientôt plus

Nous, pauvres hères de la classe moyenne, sommes les dindons de la farce. Trop riches pour prétendre au tarif social, bientôt trop pauvres pour aller travailler, mais pour autant pas éligibles aux mécanismes d’aides sociales. Pour ceux d’entre nous qui sommes propriétaires, souvent de biens un tantinet trop vieux, pas assez isolés et plus vraiment dans la possibilité d’encore emprunter pour améliorer le PEB de la chose, d’autant plus avec le coût de la vie actuelle.

 Lire aussi : Prix du carburant : les travailleurs à domicile durement touchés

Paupérisation, quand tu galopes

Récemment, une connaissance assistante sociale en CPAS me disait qu’ils redoutaient de voir débarquer une cohorte de parents célibataires travaillant à temps plein et venant réclamer des aides diverses car n’étant plus dans la possibilité de faire face. Pas étonnant … Entre les hausses du prix du carburant, du gaz, de l’électricité et le manque de réactivité de nos gouvernants par rapport à une baisse proportionnelle des taxes et accises sur ces mêmes énergies, on la voit se profiler de loin la cohorte. In fine, ces mesures d’aide vont tout de même coûter à la collectivité, alors pourquoi ne pas éviter la démarche à toutes ces personnes (et la paupérisation de ceux qui n’oseront pas) et les mettre en place à la source ?

Ceux pour qui travailler ne sera plus possible

Une autre cohorte qui se profile est celle de ceux qui vont se dire que travailler n’est plus si intéressant, voire pénalisant, vu le montant de nos salaires dans certains secteurs du social … Donc à nouveau une situation qui va coûter à la collectivité et qui pourrait être évitée ou, à tout le moins, atténuée, par exemple, en ayant des rémunérations plus attractives. Ou juste plus en phase avec la réalité de la vie … Parce que c’est pas qu’on manque de motivation, c’est surtout que vu la taille des bâtons et celles des roues …

MF - travailleuse sociale

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