Travail social : reprendre le terrain quand le corps et la tête sont encore en hiver
En début de nouvelle année, la reprise ne se fait pas toujours au même rythme pour tout le monde. Les agendas redémarrent vite, les rendez-vous s’enchaînent, les urgences reprennent leur place. Le corps, lui, est souvent resté un peu en arrière. Fatigué. Ralenti. Encore marqué par l’hiver, le manque de lumière, la coupure trop courte ou trop dense.
Irritabilité, sensibilité, lenteur…
Sur le terrain, cela se ressent immédiatement. Les journées semblent plus longues. La concentration se fragilise. Les émotions prennent parfois plus de place que d’habitude. On se surprend à être plus irritable, plus sensible, ou simplement plus lent. Et pourtant, il faut être là. Disponible. À l’écoute. Présent pour des personnes dont les difficultés, elles, n’ont pas pris de vacances. Qui sont souvent dans des situations tout aussi prégnantes qu’en fin d’année, voire plus. Froid, manque de chauffage, coups durs administratifs qui arrivent en masse, etc.
Reprendre est aussi une question de capacité
Le début de la nouvelle année met en lumière un décalage souvent peu nommé dans le travail social : celui entre les exigences professionnelles et l’état réel des corps et des esprits. Reprendre n’est pas seulement une question d’organisation, c’est aussi une question de capacité. Et cette capacité est parfois mise à rude épreuve en ce début d’année. Dans les équipes, on le devine à demi-mot : un soupir, une blague sur la fatigue, un café pris un peu plus lentement que d’habitude. Ces signes discrets racontent une réalité partagée. Ils disent aussi l’importance du collectif, de la possibilité de se soutenir sans avoir à se justifier.
Accepter d’être « moins » en hiver
Reprendre le terrain en janvier, c’est aussi composer avec une forme de vulnérabilité professionnelle rarement reconnue. Celle qui ne se voit pas dans les plannings mais qui se glisse dans les corps : une patience plus courte, une fatigue qui affleure plus vite, une écoute qui demande davantage d’effort. Cette vulnérabilité n’est ni un manque de compétence ni un défaut d’engagement. Elle est le signe d’un métier profondément humain, exercé par des personnes traversées, elles aussi, par les saisons. La reconnaître, c’est déjà redonner un peu de justesse et de respiration à la reprise.
Avancer à petits pas, oublier l’idée de performance
Reprendre le terrain en janvier, ce n’est pas être immédiatement performant. C’est souvent avancer à petits pas, accepter une certaine lenteur, reconnaître que l’hiver laisse des traces. Accepter la réalité du rythme naturel, qui est en opposition totale avec les injonctions du calendrier professionnel et social. Janvier, février, c’est le plein hiver, la saison de la dormance, du repos bien nécessaire avant le renouveau naturel qui, lui, a lieu au printemps. Contrairement à la pression de la rentrée, janvier impose naturellement un rythme plus lent. Une telle discordance interpelle et invite à se rappeler que prendre soin de soi, même modestement, fait aussi partie du travail.
Faire preuve de bienveillance envers son rythme biologique
C’est l’hiver. Le froid et l’obscurité, auxquels nos organismes doivent s’adapter. Les nuits plus longues, qui voudraient que l’on dorme plus, à l’instar des mammifères que nous continuons d’être, malgré nos commodités. Le métabolisme qui stocke et fonctionne au ralenti, nous alourdissant dans un quotidien que nous voudrions effréné. Nous ne sommes pas inadaptés si nous nous sentons en décalage avec l’air du temps. C’est l’air du temps qui ne respecte pas nos rythmes physiologiques. Faisons preuve d’un peu plus de bienveillance envers nous-mêmes, et nos accompagnements s’en ressentiront. Il n’y a rien de pire qu’un travailleur qui force et se force, car cela s’en ressent immédiatement dans la relation.
MF - travailleuse sociale
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