La chasse aux sous est ouverte : reconnaissance et agrément

20/10/22
La chasse aux sous est ouverte : reconnaissance et agrément

Lorsqu’on travaille dans l’associatif, on travaille dans un organisme sans but lucratif. Dès lors, il est impératif que ledit organisme ait une source de financement externe. Autrement dit, qu’il parte à la chasse aux sous. Épuisante, perverse, mais néanmoins vitale. Avec, malheureusement, des répercussions quotidiennes sur les travailleurs qui sont, comme souvent, ceux qui payent les pots cassés.

Le Graal de la reconnaissance

Première option, qui semble la plus confortable : l’organisme, après moult tracasseries, quantités d’heures passées à trimer et à s’arracher les cheveux pour faire entrer ses activités dans les cases ad hoc, a enfin obtenu le Saint-Graal de la reconnaissance. Je parle évidemment de la reconnaissance de ses activités par le pouvoir subsidiant compétent. Pour la reconnaissance tout court, on repassera. Ou pas.

Justifier d’une activité préalable, quid des moyens humains et matériels

Avant d’en arriver là, ce sont des heures de travail, des semaines, des mois, voire des années. En effet, il faut souvent justifier d’une activité pour pouvoir être reconnu. Logique. Et coûteux. Complexe aussi, car justifier d’une activité nécessite de la mettre en oeuvre, donc d’avoir des personnes y travaillant, ainsi que des moyens matériels, etc. Avant d’espérer un quelconque financement, il faut donc mettre la main à la poche. La sienne ou celle de donateurs, de pouvoirs locaux, etc. Croiser les doigts et vivre d’amour et d’eau fraîche aussi…

Justifier d’une activité reconnue, entrer dans les cases

On penserait bien que la reconnaissance, et le financement qui va avec, signera la fin de toutes ces nuits blanches. Pas nécessairement. Qui dit reconnaissance et subventionnement dit justification de ce financement. Logique aussi. C’est là qu’il faut faire du chiffre. Autant d’heures d’activités par an. Autant de dossiers. Prouver que l’on travaille et que le travail effectué rentre dans les cases pour lesquelles on est payé. Ça signifie parfois (souvent) jouer avec les mots, arranger la réalité. Parfois (souvent) aussi chercher le client, mettre en oeuvre toutes les stratégies possibles pour l’amener à pousser notre porte. À nouveau, arranger la réalité, faire d’une taupinière une montagne. Et encoder, encore et encore. Y passer entre un quart et un tiers de son temps de travail. Parfois aussi, profiter des souplesses des décrets pour financer d’autres activités que celles prévues au départ.

Entre inspections et rapports d’activités

Ce n’est pas tout, il faut également gérer les inspections. La boule au ventre, essayer que tout soit en ordre, démontrer que ce que l’on fait a du sens. Que l’on fait même quelque chose. Remettre à jour, espérer que l’inspecteur ne soit pas trop tâtillon. S’il l’est, espérer que l’on soit assez méthodique pour passer l’examen. Parlant d’examen, il a lieu en moyenne une fois par an, en juin. Il s’appelle rapport d’activités et c’est lui qui décidera du volume d’emploi qui sera maintenu l’année suivante.

Être à la merci de la moindre réforme

Ceci dit, le rapport d’activités n’est pas le seul à avoir un impact sur le nombre de personnes qu’il sera possible d’engager ou de maintenir à leur poste. En effet, l’organisme reconnu est à la merci de la moindre petite réforme sur le financement du secteur concerné. Autrement dit, à chaque changement de législature, c’est-à-dire assez fréquemment, le vent peut bien tourner. Surtout en période de crise, c’est-à-dire à chaque fois que le vent tourne … Être une association, ce n’est pas nécessairement être libre et autonome.

Le travailleur trinque

In fine, ce sera le travailleur qui percevra chaque souffle de vent, du plus infime au gros ouragan. C’est sur ses épaules que reposera la charge de l’encodage quotidien, voire de l’inspection ou du rapport d’activités si ces fonctions en font état. C’est son emploi du temps qui sera impacté par la nécessité de prouver … sa propre nécessité ! C’est lui qui devra aller chercher le client pour démontrer que son emploi est indispensable, ou en tout cas justifiable. Et enfin c’est lui que l’on remerciera, au sens définitif, s’il doit y avoir une réduction des financements.

MF - travailleuse sociale

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