Travail social : le syndrome de l’imposteur

12/05/22
Travail social : le syndrome de l'imposteur

Vous la connaissez, cette petite voix intérieure qui vous fait douter de vos capacités, minimiser vos mérites et amplifier vos échecs, les transformant parfois en énormes cratères là où ils ne sont que nids de poules ? Moi oui, je la connais bien cette petite voix, et j’ai décidé d’essayer de lui tordre le cou. Inutile de dire que ce n’est pas facile !

« Le pessimiste s’attribue la responsabilité de ses échecs. L’optimiste s’attribue la responsabilité de ses réussites ». Cette citation de Florence Servan Schreiber m’a fait l’effet d’une grosse gifle ! Serais-je pessimiste ? Moi qui me pensait optimiste et plutôt de nature à me remettre en question, ce qui, à mon sens, est plutôt une bonne chose, surtout dans le métier qui est le mien.

Cette petite voix intérieure

Mais … Cette petite voix qui me dit que mes succès sont dûs à la chance, aux circonstances ou à mes relations, que mon implication dans la réussite d’un projet d’équipe n’est « pas grand chose », ou encore que je ne suis pas à la hauteur de mes responsabilités, ou que je ne mérite pas mieux … Bref, cette forme d’auto-sabotage que je pratique tellement quotidiennement que je ne m’en rends plus compte, ne serait-ce pas ce fameux syndrome de l’imposteur dont souffrent tant de personnes ?

Un cercle vicieux

S’il est sain de se remettre parfois en question, le syndrome de l’imposteur se caractérise par sa persistance, avec pour conséquence de générer de l’anxiété et des comportements qui viennent renforcer les doutes et vice-versa : cercle vicieux enclenché ! Se dévaloriser, éviter de prendre des risques ou de proposer ou de défendre ses idées, être perfectionniste, se pousser à bout, attribuer sa réussite à la chance ou aux autres et s’attribuer ses échecs … Autant d’attitudes minantes qui viennent renforcer ce cercle vicieux et qui ont de lourdes conséquences. Vous aussi, ça vous parle ?

Le perfectionnisme, une histoire de filles

Ça parle malheureusement à beaucoup de femmes, et comme les femmes sont surreprésentées dans notre secteur, ceci explique peut-être cela … Il faut dire que le perfectionnisme est une histoire de filles : socialement, malheureusement, on apprend souvent aux filles à faire bien, voire très bien, à ne pas trop oser, à ne pas faire d’erreurs, à rester discrètes sur leurs succès. Professionnellement, cela donne des personnes hyper investies, qui iront parfois jusqu’à l’épuisement tant elles auront l’impression de ne pas en faire assez, qui cocheront toutes les cases mais auront l’impression que cela ne suffit pas, qui peineront à reconnaître leurs qualités, de peur de paraître vantardes et qui n’oseront que trop rarement réclamer, même lorsque leurs conditions de travail sont douteuses.

Le doute : moteur et frein

Alors, pour emprunter une autre citation, cette fois-ci à Pierre Bottero : « Le doute est une vraie et belle force. Veille simplement à ce qu’elle te pousse toujours vers l’avant ». Se remettre en question est important. S’attribuer la responsabilité de tous ses échecs est contre-productif. En effet, se penser nul ne protège pas des erreurs et des déceptions, et c’est même le contraire : de telles pensées engendrent des comportements qui viennent les renforcer.

Un exercice d’introspection

Cette petite voix intérieure ne vient bien entendu pas de nulle part : souvent, il s’agit de choses que l’on a entendues, de la part de personnes qui ont eu une importance pour nous. Cette petite voix intérieure, qui est devenue nous, n’est donc pas nous à la base. C’est un discours entendu et intériorisé. Faire cet exercice d’introspection, se rendre compte que l’on vit ce processus d’auto sabotage, que ce mécanisme a une origine permet déjà de prendre de la distance par rapport à lui. On peut ensuite observer les choses : quels sont les moments, les circonstances où cette voix vient grésiller en arrière-plan ? Et de la sorte, contrer cette voix, ou mieux encore, en tirer les enseignements possibles : là où elle me dit que je ne suis pas capable, je peux entendre que c’est une lourde tâche qui mérite peut-être que je m’y prépare mieux … Facile à dire ? Bien entendu ! Facile à faire ? Certainement pas ! Bénéfique à long terme ? Assurément. Cette année, je m’y mets. Vous aussi ?

MF - travailleuse sociale

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