Chronique d’un psy : « Le harcèlement des psy »

10/11/22
Chronique d'un psy : « Le harcèlement des psy »

Il y a de nombreuses manières d’être violent envers autrui, T. Persons nous commente cette semaine un aspect du quotidien de certains psy : la violence institutionnelle

Cette semaine, en discutant avec un confrère, j’ai ressenti comme un décalage, comme s’il y avait une lecture bizarre des évènements qu’il vivait, comme si quelque chose m’échappait, une impression semblable à celle d’écouter une chanson de Stephan Eicher sans avoir un visuel sur les paroles : on a la perception de l’ensemble, mais il y a des choses qui échappent à notre entendement.

Du coup, son point de vue, c’était qu’être psychologue dans une institution, c’était majestueux, et qu’il avait une chance inégalée de faire partie d’une équipe, d’un tout. Il faisait l’analogie avec une grande famille où, de temps à autres, il fallait mettre de l’eau dans son vin, pour maintenir un équilibre, une homéostasie. Or, pour ma part, plus il me parlait de son institution, plus j’avais le sentiment que sa petite tribu ressemblait plus aux Thénardier qu’à la bienveillance d’une famille parfaite que l’on nous vend dans une publicité pour du cacao ou de la pâte à tartiner.

Je me suis demandé par la suite si, d’une certaine manière, vu la singularité de notre job, avoir la reconnaissance d’un système, c’était une fin en soi ? Peut-on tout tolérer pour être reconnu ? Jusqu’où met-on le curseur ? Accepter de mettre une blouse blanche ? Être sous le joug d’un patriarche qui va nous regarder avec un air qui nous fait passer pour quelqu’un de médiocre ? Faire le café ? L’administratif, la compta ? L’accueil ? Le ménage ? Accepter les blagues sur notre fonction ? Que c’est drôle d’être considéré comme un glandeur qui ne fait que causer… Puis, il faut rajouter les remarques sur le physique, le sentiment de honte et de culpabilité d’utiliser un budget pour payer notre salaire alors que la salle de réunion aurait bien besoin de nouvelles chaises et d’une déco plus moderne.

Est-ce une raison valable pour se barrer ?

À partir de quand, on se lève, on parle et on se rend compte qu’il ne s’agit pas de mettre de l’eau dans son vin, mais tout bonnement d’un harcèlement dans la vie quotidienne ? Est-ce une raison valable pour se barrer ? Parce qu’innocemment, cette violence est quelque chose de subtil, de vicieux, qui vient se placer de manière sournoise mais qui, à la fin de la semaine, vous donne malgré tout le sentiment d’être un moins que rien qui a vraiment beaucoup de chance de ne pas se faire virer sur le champ, tant il est inutile…

Je me suis vraiment demandé si les psy se rendaient compte que dans certains contextes, on les utilisait comme souffre-douleur ? Et puis, de l’extérieur, ça parait tellement gros qu’on se questionne sur ce qui échappe à l’autre pour ne pas s’en rendre compte. Faut-il alerter ? Pour le coup, mon pote m’a regardé de travers, comme si c’était moi qui allais pointer quelque chose qui n’existait pas. Comme si je vivais dans un monde très naïf et qu’il était impossible de coexister avec d’autres professionnels de la santé sans accepter de se prendre dans la figure toute une série de violence gratuite qui, même si elle n’est qu’inconsciente, fait quand même des dégâts au quotidien. N’allez pas me faire dire que tous les psy sont des Cosette qui souffrent, mais malgré tout, j’ai l’impression que parfois, s’il faut taper sur quelqu’un dans l’équipe parce qu’elle subit une situation critique, ça retombera plus sur le psy que sur le médecin, le kiné ou l’assistant social.

En conclusion, il est évident qu’il nous reste du boulot pour être pleinement intégré dans un système de soin, on vient de loin, notre fonction est relativement jeune aux yeux des autres et il faudra du temps, certainement. Par contre, il est inconcevable de cautionner cette violence institutionnelle. Bref, consœurs et confrères, n’attendez pas qu’un Jean Valjean vienne vous secourir. Et si, à partir de maintenant, on se disait qu’on est plus qu’une valeur ajoutée ? Et si, pour diverses raisons, on se mettait à en parler ? Et si, rien ne changeait, on se disait qu’on vaut mieux que ça et que l’on se barrait vers d’autres institutions plus à même de reconnaitre notre valeur ? À méditer…

T. Persons

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Commentaires - 1 message
  • Je suis bien d'accord avec vous. Peut-être faudrait-il aussi parler de la violence des patients (est-elle légitime celle -la ?)
    Alain Marteaux

    Victoriana1971 jeudi 10 novembre 2022 13:34

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