Travail social : résister à la tentation d’en faire trop pour se préserver

06/01/23
Travail social : résister à la tentation d'en faire trop pour se préserver

Lorsqu’on est passionné par son travail, que l’on accorde une certaine importance au travail bien fait, que l’on a une grande conscience professionnelle, on est tentés d’en faire plus. C’est même souvent une seconde nature. Or, en faire plus peut vite devenir en faire trop, et, non seulement c’est une pente glissante vers le burn-out, mais aussi, paradoxalement, c’est contre-productif professionnellement parlant.

En faire toujours plus, que ce soit pour rendre service aux collègues, ou parce qu’il faut bien faire certaines choses dont personne n’a envie de se charger, ou encore parce que l’on aime le travail bien fait, que l’on éprouve une certaine difficulté à déléguer … Vous connaissez ? Moi oui, c’est une tendance que j’ai eue durant de nombreuses années, et c’est même une inclinaison naturelle chez moi. Sauf que j’ai fait un burn-out et que depuis, je me soigne.

 Lire aussi : Le burnout du travailleur social

En faire plus facilite les relations avec ses collègues…

En faire toujours plus a pour avantage de faciliter les relations avec vos collègues. On peut compter sur vous pour remplacer, modifier un horaire, vous acquitter d’une tâche rébarbative dont personne ne souhaite se charger … En un rien de temps, vous rédigez tous les PV de réunion, faites la vaisselle commune plus souvent qu’à votre tour, remplacez à tout va … Et vous vous épuisez.

Vous vous épuisez aussi parce que pour vous, rédiger un PV de réunion, ce n’est pas seulement résumer ladite réunion, mais faire une mise en page impeccable et rédiger un texte qui va retranscrire fidèlement chaque décision prise. Bref, vous consacrez du temps et de l’énergie à toutes ces tâches qui, au départ, ne vous revenaient pas forcément de manière systématique. Mais vous le faites tellement bien…

Ou pas !

Alors, certes, vous avez le sentiment du travail bien fait (ou pas !) et de bonnes relations avec vos collègues … Ou pas ! Dans certaines équipes, vous serez la « bonne poire », à qui on viendra en demander toujours plus … Si vous avez de la chance, vos collègues n’abuseront pas de votre bonne volonté, mais dans la plupart des cas, trop heureux de ne pas avoir à gérer ça en plus, ils vous le laisseront faire, vous qui assumez et assurez si bien. Sans rien dire, ni valoriser, ni réclamer, ce qui est bien souvent le cas.

Le petit plus devient la norme

C’est ainsi que tout le monde, collègues et direction, s’habituera à ce que vous en fassiez un peu, beaucoup, passionnément plus. Votre 150% deviendra un 100% à leurs yeux. Et le jour où vous vous rendrez compte que vous vous noyez et que vous n’avez pas à assumer seul un travail qui doit être collectif (comme la vaisselle) ou équitablement réparti (comme les PV de réunion, lorsqu’il n’y a pas de secrétaire), il y a de fortes chances que ça ne se passe pas paisiblement. De votre point de vue, vous en reviendrez à votre travail de base, autrement dit à vos 100%. Du point de vue de votre entourage professionnel, habitué à plus, vous ne ferez plus que 80%.

On ne remarque plus l’exception lorsqu’elle s’ancre dans le quotidien

C’est alors que, en proie à votre épuisement, vous devrez peut-être faire face à certaines remarques ou justifier vos choix. L’engagement professionnel est souvent valorisé dans un premier temps, puis il devient la norme. Notre cerveau est programmé pour s’adapter à nos circonstances de vie. On ne remarque plus l’exception lorsqu’elle s’ancre dans le quotidien. Par contre, on remarquera toujours les changements. Et on se rappellera plus facilement d’un service rendu ponctuellement par une personne que d’une tâche assumée quotidiennement par quelqu’un qui n’en fait pas étalage.

Savoir doser son effort est la clé

C’est, entre autres choses, la raison pour laquelle il est important de connaître ses limites, de les accepter et de les respecter. De savoir aussi dans quels engrenages on met les pieds lorsqu’on accepte d’en faire toujours plus, que l’on se propose spontanément pour assumer telle ou telle tâche supplémentaire et que l’exception devient la règle. Savoir doser son effort est la clé pour qui veut tenir dans la durée.

MF - travailleuse sociale

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