Travail social : plus vite, plus vite ! Mais pourquoi faire ?

10/11/22
Travail social : plus vite, plus vite ! Mais pourquoi faire ?

Nous sommes de plus en plus nombreux à la constater : notre santé mentale va mal. Crise sanitaire, crise écologique, crise économique, crise énergétique, crise tout court, et j’en passe. Soumis à une énorme pression, nous sommes de plus en plus nombreux à craquer. Si le phénomène s’accélère, il n’est pas nouveau. Ces dernières années ont agi comme un révélateur d’un mal qui couvait depuis bien plus longtemps.

Nous sommes la génération la plus « soutenue » par les progrès technologiques : en l’espace de quelques dizaines d’années, nous avons vécu une véritable révolution, entre l’avènement d’Internet, le sacre des réseaux sociaux, la digitalisation des services qui nous permet d’avoir tout à portée de main d’un simple clic, l’info en continu … Avec toutes ces « aides », comment pouvons-nous être la génération la plus stressée ?

Génération hyper-connectée

Nous sommes justement hyper-connectés, nous papillonnons d’une activité à l’autre, perdus entre sentiment d’urgence et réelle importance, avec en outre une frontière de plus en plus floue entre nos différentes vies. Le professionnel s’est officiellement invité dans notre salon au moment de la crise sanitaire, sauf qu’il y était déjà avant et qu’il n’en est jamais vraiment parti. Le personnel est à portée de main, dans notre poche ou notre sac et chaque notification nous brûle les doigts.

Difficultés de concentration

Nous avons de plus en plus de difficultés à nous concentrer sur une seule tâche, si tant est qu’il nous en soit laissé la possibilité, nous devons aller de plus en plus vite pour réaliser les choses, passant sans cesse d’une urgence à l’autre, avec en arrière-plan les notifications sonores et visuelles qui viennent chercher notre attention. En restant ainsi en surface, nous nous empêchons de réellement entrer dans ce que nous faisons, d’y consacrer notre pleine et entière attention, seule manière en fait d’oublier le temps qui passe et de retirer une réelle satisfaction de notre activité, quelle qu’elle soit.

Empressement constant

Nous sommes de plus en plus pressés. Pressés le matin, car il faut être à l’heure, pressés d’en finir avec cette réunion, pressés avec ces embouteillages qui s’éternisent, pressés le soir, car il faut se reposer, mais nous reposons-nous vraiment ? Et surtout, à force de nous presser, nous risquons bien de finir comme un citron usagé. Le problème, c’est qu’il n’y a pas un problème, mais qu’il s’agit bien d’un phénomène global, qui nous touche donc dans notre rapport au travail, dans notre vie personnelle, dans notre vie familiale, etc.

Urgence à ralentir

Face à cet empressement, il y a urgence à ralentir. Naviguer à contre-courant pour mieux souffler, en quelque sorte. S’octroyer le droit de travailler sur une seule chose à la fois. Être pleinement présent à ce que l’on fait. Oublier son téléphone. Accomplir une tâche après l’autre, et pas plusieurs en même temps. Distinguer l’urgent de l’important. Déconnecter, au moins partiellement, pour se reconnecter à soi et à ce qui nous nourrit. Poser le fait de travailler et de vivre autrement. Eteindre son écran. S’offrir le temps de la rencontre, détourner les yeux de la montre, s’autoriser à ne pas être rivé à sa boîte mail, refuser de se laisser distraire durant les réunions, même celles qui s’éternisent.

Être intentionnel

Notre santé mentale va mal, parfois sans que nous nous en rendions compte. Il y a urgence à ralentir, à nous déconnecter, à prendre soin de nous, car personne ne le fera à notre place. Il est là notre pouvoir, elle est là notre liberté : décider du comment, de la manière dont nous souhaitons vivre. Être intentionnel.

MF - travailleuse sociale

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